LE VIDE SALUTAIRE

Credit photo : Renata Solak

 
 

Qui n’en est pas un.

C’est un espace de recalibrage.

Un pas-sage.

Un espace de silence qui murmure notre vérité la plus intime.

Celle qui peut être étendue quand le brouhaha du monde s’estompe.

Quand notre agitation permanente s’arrête et laisse de la place au mouvement immobile au-dedans.

Il ne se passe rien.

Rien d’important selon les critères de ce monde.

La psyché ne peut rien contrôler, car dans ce vide il n’y a pas de contours, de ficelles auxquelles s’accrocher, de repères pour se sécuriser.

Il n’y a rien a priori.

Or, quelque chose d’essentiel se produit en soi.

Une rencontre.

Un tête-à-tête.

Un cadeau précieux.

Une présence silencieuse, gratuite, inutile, sans aucun autre objectif que d’être là.

Ce vide, qui n’en est pas un, se remplit de soi, de notre Essence, de notre fragrance.

De notre attention tournée égoïstement vers l’intérieur, peut-être pour la première fois.

Et au-dedans ils se passent des choses.

Il y a du mouvement, même si tout semble être arrêté, figé en dehors.

C’est la Vie qui pétille, qui circule, qui pulse avec plus d’intensité au-dedans.

L’immobilité, le silence sont inconfortables et peu à peu apprivoisables.

L’ancien s’efface, se dissipe, devient un lointain souvenir.

Une part de soi s’en va.

Des automatismes lâchent.

La psyché se détend.

Les sens s’éveillent.

Le corps se dépose.

Le cœur s’expanse.

L’air qui nous entoure devient plus dense, palpable.

Il a sa propre fragrance, son humidité, son opacité.

Il nous effleure, il nous enveloppe, il nous rencontre, il nous pénètre et circule audacieusement au-dedans.

Il ne fait qu’un avec nous.

Comme la Vie qui nous traverse, qui nous renverse, qui nous rencontre, qui nous transforme.

Plus besoin de lutter, de prouver, de performer.

Une détente s’installe dans le corps.

Un état de communion, d’écoute attentive, de présence intense, de curiosité accrue.

Quelque chose s’ouvre en soi pour poser un regard neuf sur l’ordinaire.

Le banal, le quotidien, le quelconque devient ressourçant, extraordinaire, intense, vibrant.

Des picotements, des vibrations, des sensations s’intensifient.

Nos perceptions deviennent plus fines, plus justes, plus élaborées.

Tout un monde sans limites s’ouvre de l’intérieur.

Nous goûtons à la Présence.

Tout ce qui nous entoure change de couleur, de vibration, de texture.

Comme si notre environnement, notre « matière » était un prolongement du dedans.

Il n’y a plus de séparation entre nous et le monde.

Tout est à redécouvrir, à embrasser, à croquer.

Car la Vie doit être goûtée, palpée, rencontrée.

Quelque chose s’active dans nos cellules.

Une mémoire du futur, de l’étape d’après.

Le recalibrage est quasi terminé.

Cet entre-deux inconfortable devient une chrysalide et dans celle-ci, sans effort, sans stratégie, sans calcul, un nouvel être s’apprête à se révéler.

Et il ne sait pas ce qui l’attend.

Encore quelques instants pour que sa maturation soit complète.

Et il viendra ce moment où ses ailes seront prêtes pour lui permettre l’envol.

L’envol, le saut, l’expansion.

Et il partira dans le monde pour offrir sa beauté, sa légèreté, sa joie, sa vérité.

Sa nouvelle identité.

Et si tu le croises, il donnera peut-être envie à toi aussi de traverser le vide pour te retrouver.

R.

 
 
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